Une journée en Transnistrie: le pays qui n’existe pas

L’endroit est atypique en tout point.

Cette fine bande de terre située à l’est de la Moldavie (à seulement 70km de Chisinau, la capitale de la Moldavie) a un statut rare depuis 27 ans. Aucun État membre de l’ONU ne reconnaît la République moldave du Dniestr (communément appelée Transnistrie). Ce pays n’existe officiellement pas aux yeux de la communauté internationale; bien qurepublic_of_transnistria__1992‘il existe de facto. Il a sa propre armée, sa police, son drapeau, son hymne, sa monnaie et son gouvernement.

Même la Russie dont elle est extrêmement proche et dépendante économiquement a omis, pour des raisons géopolitiques, de reconnaître la Transnistrie comme un État à part entière. Les seules “ambassades” transnistriennes se trouvent dans deux autres États pro-russes qui connaissent la même situation d’isolement, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, autoproclamés indépendants après deux conflits armés entre la Géorgie et la Russie, en 1992 et  2008. Vous l’aurez donc compris, la Transnistrie est éminemment géostratégique.

Bender-forteresse-transnistrie
Une des lignes défensives de la forteresse medievale de Bender (deuxieme ville du pays). Elle était à l’origine en bois et fut construite par le voivode moldave Stefan Cel Mare (Etienne le Grand) au 15eme siècle – Photo: Robin Koskas
Bender-fortress2
Au cours de la seconde moitié du 18ème siècle, la forteresse est tombée trois fois aux mains de l’Empire russe pendant les guerres russo-turques. – Photo: Robin Koskas
Bender-fortress1
En 1538, le sultan ottoman “Soliman le Magnifique” a conquis la ville et lui a donné le nom de Bender. La forteresse est alors devenue une place forte du pouvoir ottoman dans la région. – Photo: Robin Koskas

L’histoire de ce territoire est complexe. En 1991-1992, au moment de la chute de l’URSS, cette région profondément russophone fait sécession avec la Moldavie à la suite d’une guerre fratricide (la Guerre du Dniestr). C’est à la suite d’un accord de cessez le feu signé après cinq mois de conflit que la situation se stabilise. Cette année, en 2017, cela fera donc 27 ans que la Transnistrie est un pays “pas comme les autres”.

IMG_20170428_112400
Une centre équestre à deux pas de la forteresse – Photo: Robin Koskas

Aujourd’hui encore, bien que n’étant plus économiquement communiste, le gouvernement a conservé les symboles soviétiques. Cette nostalgie assumée se reflète directement sur le drapeau du pays. Unique en Europe.

Nous organisons regulierement des visites guidées de la Transnistrie. La situation politique est encore aujourd’hui complexe avec la Moldavie voisine mais y passer une journée n’est pas dangereux pour un touriste étranger. La Transnistrie n’est pas instinctivement contre le tourisme. Ce n’est pas du tout la Corée du Nord.

tiraspol-lenin-center
Une grande statue de Lénine se dresse au centre de Tiraspol (la capitale), en face du Soviet suprême. – Photo: Robin Koskas
soviet-car
Une voiture de marque GAZ (Gorkovski Avtomobilny Zavod) datant de l’époque soviétique, immatriculée en Transnistrie, est garée dans le centre de Tiraspol – Photo: Robin Koskas
Policières de Transnistrie lors de la celebration du 9 mai (jour de la victoire de l'URSS contre l'Allemagne nazie)
Policières de Transnistrie lors de la celebration du 9 mai (jour de la victoire de l’URSS contre l’Allemagne nazie) – Photo: Robin Koskas
tiraspol-odessa
La ville portuaire ukrainienne d’Odessa n’est pas loin, à seulement 93km. – Photo: Robin Koskas
tiraspol-souvenirs
Souvenirs de la Transnistrie… – Photo: Robin Koskas
Tiraspol streets
La rue principale de Tiraspol, appelée du “25 octobre”, qui correspond selon le calendrier julien au début de la Révolution d’Octobre en 1917. Encore un hommage appuyé à l’URSS – Photo: Robin Koskas